Vision

Vision

Défendre l’idée d’une souveraineté numérique ne veut pas dire se renfermer dans une posture anti européenne ou anti Silicon Valley. C’est au contraire défendre la liberté d’inventer notre futur en se donnant les moyens de pouvoir le construire par nous-même.

Centre Mondial de l'Informatique (1983)

Défendre un héritage et une vision singulière du numérique

Après la Deuxième Guerre mondiale, alors que le plan Marshall conditionne la reconstruction de l’Europe, deux pays, la France et l’Angleterre, décident de s’émanciper des restrictions imposées par les États-Unis pour développer leur propre filière informatique.

Ces deux pays l’ont bien compris : sans ordinateur il n'est pas possible de créer une bombe atomique. Sans dissuasion nucléaire il aurait été probablement impossible pour la France de peser au niveau international en pleine Guerre Froide.

Déjà à cette époque, l’informatique devient l’outil indispensable pour maîtriser son destin militaire, industriel et géopolitique dans un monde dominé par les États-Unis et l’Union Soviétique.

Création de l'IRIA future INRIA (1967)

Mais hélas par la suite cette vision souveraine, lucide et singulière du numérique français sera trahie à trois reprises :

  • Par idéologie : dès les années 70 en ne choisissant pas l'architecture décentralisée de Louis Pouzin (qui deviendra la base de l’Internet aux États-Unis) et lui préférant un modèle centralisé et propriétaire pour équiper le Minitel, et en n’adoptant que très tardivement le Web.

  • Par manque d'ambition : à la fin des années 90 en refusant la révolution Linux, pourtant inventée en Finlande et peaufinée notamment en France lui préférant les partenariats entre les SSII et les grands acteurs de logiciels américains pour construire notre informatique d’État.

  • Par inconscience : le 17 mai 2021 le ministre de l'Économie et le secrétaire d'État au numérique ont décidé de sacrifier la filière française du Cloud en imposant au cœur de l’État les solutions des grandes plateformes américaines (GAFAM).

Si en 40 ans notre vision numérique s’est diluée, c’est que les développeurs, ingénieurs et informaticiens ont souvent été écartés des décisions stratégiques trop souvent confiées aux grands cabinets de conseils et de communication.

Pour tenter de masquer ces choix désastreux, il est désormais commun de parler du "retard français" ou des grands échecs de l’informatique d’État comme quelque chose d'inéluctable. Or ces échecs sont essentiellement ceux d’une haute administration qui a été incapable de conduire des projets informatiques, à leurs choix qui ont toujours conduit à écarter les solutions technologiques françaises autour du logiciel libre pour choisir des solutions coûteuses fermées et peu flexibles.

L'enjeu aujourd'hui c'est de valoriser notre patrimoine et nos talents numériques au moins autant que l'on plébiscite les start-up de la French Tech.

Surtout au moment où la Guerre Froide a laissé place à une Guerre Froide Technologique entre la Silicon Valley et la Chine, Nous sommes de nouveau confrontés à un choix : celui d’inventer notre propre futur, ou de vivre dans un monde défini par quelques grandes plateformes américaines ou chinoises.

The Economist

Pourquoi je défends une autre vision du numérique ?

Parce que j’ai eu la chance d’être immergé dans le numérique dès mon plus jeune âge (Minitel, Blue Box, BBS, Fidonet) mais aussi à travers l’expérience de mes start-up Netvibes et Jolicloud, j’ai toujours cru en notre capacité à inventer notre propre futur. Après tout de nombreux ingénieurs français ont créé celui qui nous est “vendu” aujourd'hui par la Silicon Valley. Faut-il rappeler que le prototype de l’iPhone a bien été conçu à Paris avant d’être rapatrié à la maison mère à Cupertino ?

La chance de la France est de pouvoir s’appuyer sur un écosystème divers et brillant en matière de logiciel, de data center, d'expertise industrielle et de design.

Utiliser nos savoir-faire locaux dans la conception de nos infrastructures, faire des choix de logiciels pour l’informatique d’État et le service public est totalement à notre portée. Cela nécessite évidemment du travail et du suivi mais aussi de mettre les bonnes personnes en responsabilités.

Il existe des centaines d’acteurs capables de fournir ou de construire dans des délais raisonnables les briques nécessaires. Par paresse intellectuelle, par cynisme, ou manque de confiance dans notre écosystème, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires souhaite désormais faire tourner le logiciel France sur les services des grandes plateformes américaines ou chinoises.

Depuis une dizaine d’années j’ai alerté, écrit et participé à des conférences sur ces questions. Alors que la crise sanitaire a révélé l'exigence d'avoir un numérique de qualité dans nos vies, nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir construire une autre forme de numérique d’État, plus éthique, plus locale, mieux contrôlée parce que conçue par des équipes à taille humaine.

À l'orée d'une nouvelle élection présidentielle en 2022, je vais participer à l'écriture de nouvelles propositions pour permettre à une vision éthique du numérique d'État de se construire à l'ère de l'Internet monopolistique.

Propositions pour 2022